Journal de la cuisine Alice Marsal, productrice, à propos du film 4801 nuits de Laurence Michel

À l'automne 2021, la petite équipe de 4801 Nuits se retrouve à Lussas pour le tournage des séquences du film mettant en scène les objets. Je suis présente, je coordonne, je gère la logistique et je cuisine aussi pour toute la petite équipe réunie dans une maison du village : réalisatrice, cheffe-opératrice, conceptrice lumière, assistante de réalisation. J'observe l'avancée du film de ce point de vue, de côté. Je note et consigne mes pensées dans un Journal de la cuisine publié ici sous la forme d'un feuilleton.

Après avoir cherché à louer un studio équipé, nous décidons finalement d'utiliser une salle brute dans le bâtiment encore en cours d'aménagement de l'Imaginaïre à Lussas où se trouvent les espaces de Tënk et le bureau des Films de la Pépinière. La vaste pièce n'a rien d'un studio, nous l'utilisons à notre manière. Nous acheminons depuis Lyon, Paris et Tours le matériel nécessaire - pendrillons, lumières, rails, rideaux, machine à fumée – et les éléments de décors fabriqués par notre scénographe : tout ce dont nous avons besoin pour nous installer, le temps de la fabrication des images, dans les montagnes d'Ardèche. Au vif de l'automne, sur ce terrain de jeu, le tournage prend la forme d'un laboratoire dans lequel le film s'invente au jour le jour, à partir d'une trame ouverte aux aléas. Un tournage de cinéma comme une improvisation de jazz.

Jeudi soir 
Inventaire des ustensiles :
Mixeur à légumes
Maryse 
Rappe électrique 
Grand saladier pour mélange 
Moule à cake en silicone 
Balance 
Moule à gâteau rond 
Autocuiseur à riz 
Marmite norvégienne 
Livres de recette
Cuillère en bois à long manche 

Je vais devoir préparer les repas au quotidien pendant 10 jours à la petite équipe du tournage, j’emmène avec moi quelques ustensiles fort utiles qu’on ne trouve généralement pas dans les gîtes et maisons de location. Je mets tout cela dans un grand caddie de course, et je prends le train de 7 h 52 Paris gare de Lyon, direction Lyon Part-Dieu. 


Vendredi
À Villeurbanne, je récupère chez Indie Loc le matériel de tournage. J’arrive avec un fourgon Jumpy. Je dois vérifier tout le matériel, je n’ai jamais vu de ma vie tous ces équipements (lumières, machineries…). On fait un check par téléphone avec Hélène, la chef op images, puis Claire, la conceptrice lumière, avec Maeva aussi qui a organisé toute la réservation du matériel. Des choses manquent, des configurations qui ne s’avèrent pas adaptées.

Je n’en mène pas large, je découvre tout. J’espère qu’il ne manquera rien, que tout sera opérationnel : rails et planche de travelling, bras, pieds de toutes tailles, barre de pendrillon pour les décors, pinces de toutes sortes, attaches, boites à lumière Frehel et Chiméra, moniteur vidéo… Je pointe un à un les éléments du devis et je découvre tout. On charge le matériel : tout semble solide, lourd, en acier… Et fragile en même temps… Il ne faut pas heurter les rails du travelling, les lampes, ne pas risquer de casser une roulette de la planche, de perdre une petite pièce. 


Samedi
J’ai rêvé qu’on avait oublié quelque chose, que c’était dramatique, qu’on s’en apercevait dans la salle de tournage, et que tout était interrompu. Plus rien n’était possible, la catastrophe. 

Les courses pour la semaine en épicerie au supermarché : riz, lentilles, pâtes, laitages, épices, chocolat, biscuits, fruits secs, fruits. Le fromage, je le prendrai à la coopérative laitière. Ne rien oublier, penser aux noix pour la recette de salade aux betteraves, trouver du curry pour les mijotés en marmite norvégienne.

Je rêve qu’une lampe est cassée, qu’il faut rapidement retourner à Villeurbanne pour changer l’ampoule.

...