D'où vient mon envie de produire des films documentaires, cette forme de cinéma reliée à l'expérience d'un temps, d'une pensée, d'une réalité ? Au commencement, il y a d'abord le plaisir de voir des films, de les découvrir, de les partager. Et aussi l'étonnement de me sentir parfois transformée par cette expérience. En écho, l'envie de faire naître des films qui pourraient à leur tour ouvrir vers une transformation, pour quelqu'un. Cette envie rencontre mon goût pour la collection. La mienne a l'allure d'un cabinet de curiosité, un pêle-mêle de livres, chansons, tableaux... lesquels par sédimentation et au fil des années, se répondent les uns les autres tels les familiers d'un bestiaire hétéroclite : Le Déjeuner sur l'herbe (Nougaro), Les Choses (Perec), La Nuit étoilée à Arles (Van Gogh), Les araignées (Louise Bourgeois), Les axolotls (Cortázar). Dans ce musée imaginaire, il y a évidemment des films qui surgissent de ma mémoire. Je pense souvent à Milestones de Robert Kramer, à sa mélancolie, au phrasé suspendu des personnes filmées jadis. C'est la lumière contenue qui m'attache. Finalement, produire des films, c'est faire en sorte qu'une œuvre advienne, laquelle viendrait rejoindre l'univers de ma collection. C'est aussi une promesse, avec au cœur le goût d'une aventure collective : par la rencontre d'une réalisatrice - d'un réalisateur, réunir différents regards, ceux de collaborateurs, de techniciens... faire en sorte que quelque chose se passe et se lie.